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 "Où Décembre ne sera pas mon mois d'hiver" de Roma

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corinne cornec orieska
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MessageSujet: "Où Décembre ne sera pas mon mois d'hiver" de Roma   Lun 9 Avr - 8:38

« Où Décembre ne sera pas mon mois d’hiver » de Romain Delmas


L’œuvre se présente en plusieurs chapitres, un peu à la façon d’un livre religieux :

- la génèse
- la création manquée
- la transcendance
- le jugement

Les autres chapitres « couvre-feu », « hostia » et « regard en arrière » sont un peu à part des autres, et permettent au lecteur d’entrer un instant au cœur du vivant, de l’instant d’une vie.
Situés au cœur du livre, c’est aussi le cœur de l’auteur dont on perçoit aisément le battement.



La « génèse » :

Il est important ici de comprendre le sens de « Je » ;
L’auteur ne fait pas que se présenter ou présenter le sujet de sa pensée ;
« Je » est un monde, son monde mais aussi celui qui se projette à et en nous.


« Origines » :


« je suis l’homme de la fin de mon monde », écrit Romain Delmas
« je » est aussi « l’Autre qui est en dedans de moi-même »


Dans « Le masque », l’auteur confirme l’idée précédente d’un « je » à la fois universel et intime :
« je suis là
seul
dans ma camisole de conscience »

Dans « L’apparition », la « sœur » présentée n’est ni la sœur de chair ou de sang, ni la religieuse, la sœur devient l’autre moi :

« l’inachevé »
« je suis à moitié né »

« sœur tendresse
nous sommes tous orphelins »

« et toi l’étranger
à même ma terre instinctive »

« sœur tristesse …
… et je saurais m’apparaître »

L’auteur joue ici avec habileté et force du contraste entre la réalité et la volonté d’être ; il donne ici la mesure et la dureté de cette « apparition » de soi, à soi

Dans « Conversion », « Je » décide de nier (un dénie volontaire et lucide, un refus plutôt, un deuil presque) le passé, les sources charnelles de l’existence (« le lait de la mère » en est un exemple frappant.
Cependant, « je » est dans une phase éthérée où il ne trouve de refuge que dans « l’empreinte des supplications ».

« La rencontre » permet au « je » de suivre une autre voie, celle des étoiles ; « je » n’a pas trouvé ancrage à lui-même ; il s’agit d’une rencontre, sans frôlement ni toucher, ni empreinte, ni trace, ni devenir … au sein de l’espace, dans le vide absolu qui n’est pas tout à fait « néant »

« Le reflet » exprime pour la toute première fois l’acceptation de l’image du « je » par « je »

ainsi Romain Delmas écrit-il :

« je sais le portrait
qui te protège
l’énigme
tout à fait étroite
qui nous lie
crois-moi
nous nous sommes choisis »

« Face à face » montre la difficulté que je nommerais « ondulatoire » de cette rencontre avec soi-même ; même la « mer » en est « prudente »

« Phtisie » est un texte fiévreux, presque sanglant comme l’énonce le titre ; car la bataille livrée entre soi et soi n’est pas sans heurts ; et des « deux frères, il n’en restera qu’un »

« L’appel » évoque l’un des refuges trouvés par « je » , qu’il soit église pour certains, ou « asile » pour l’auteur, c’est dans celui-ci que s’exercent des « prières », quelles que soient leur forme, lieu et modes d’expression.

Dans « La tombe dit qui je suis » : « je » aura trouvé ou non la profondeur de son âme, ce qui reste de ce qui ne sera plus est encore ;
un nom gravé sur une pierre tombale.

« Catharsis » confirme encore cette idée d’une vie, un chemin parcouru sans forcément comprendre ni voir.



Le « couvre-feu » :


« monde », « voyage », « attente » permettent ici au lecteur d’entrevoir la perception du « je » sur l’extérieur, cette sorte de bulle qu’est le monde, car malgré qu’elle soit distante de soi, « je » est inscrit à l’intérieur.

« la vraie vie nous est interdite » écrit Romain Delmas ;
« je » parcourt le monde mais une distance pourtant les sépare
un espace infranchissable semble-t-il ?




Hostia :

du latin ou en espagnol, « hostia », l’hostie ; aussi « hostia », ville de l’ain ; l’auteur ne le dit pas ; l’histoire seule peut le dire …

« je change l’eau en vin
buvez c’est mon sang »

« diable », « sorcières », « initiations », « vierge noire », son « trop plein de larmes », l’auteur les « oublie en écrivant ».

Dans « Dormir », « je » trouve un autre refuge, celui de la nature et du rêve
« épuisement » annonce la fin prochaine et presque promise de « je », qu’il ait trouvé ou non réponses à ses interrogations ; le ton suggère déjà qu’il n’y aura de réponse qu’

« une pierre
gravée de mon nom »


« Echec et mat » est un texte fondamental, c’est celui qui va exposer le risque d’être soi-même ; ce risque est la solitude ; les jeux sont faits, mais ce n’était pas un jeu ; et l’auteur annonce

« Décembre ne sera pas mon mois d’hiver »

« silence » est intérieur ;
« je » attend silencieusement …

« faites entrez les pleureuses !
écoutez leurs chants »


l’attente dure peu, et déjà :


« la mort est immense
elle m’apprend à voler »


« Main dans la main » est un regard sur l’autre, l’être sans doute aimé, celui dont la main ne frôlera pas l’autre main, celle qui est enterrée, si ce n’est qu’avec une fleur, unique outil de ce lien intemporel et évaporé. On peut aisément transposer cet autre au « je » vivant, éloigné de « je », l’âme.





Regard en arrière :



Le chapitre est heureux, et permet de ne pas clore si vite ce livre ; car tout n’est pas encore dit.

« Tableau II » est une scène de la nature, une nature vivante et forte, pas celle que l’on contemple de son vivant, car l’individu est peut-être déjà mort ;
la nuit ici vit d’elle-même, même si l’auteur écrit à chaque strophe « elle dort »


La nuit endormie n’est-elle pas justement l’annonce d’un nouveau jour à venir ?

« Retour » marque l’empreinte du renouveau sur « je » ;
ce retour est-il à la vie ?

« j’ai couru si vite
et fermé les yeux si tôt
que je ne sais la couleur
des étoiles
que par leurs morsures
sur ma peau »

le souffle de la vie enflamme le lecteur, l’auteur lui-même s’enflamme …

pourtant, ce texte s’inscrit dans un chapitre lourd et douloureux : « regard en arrière », une sorte de non retour possible, mais le souvenir d’une certaine frénésie, d’une passion subsiste




Transcendance :


« Ayahuasca » (liane originaire d'Amérique latine aux effets hallucinogènes) permet au « je » éthéré et enterré de rejoindre d’autres formes de vie, sous forme d’arbres, de feux, et surtout d’imaginaire.

« Appréhensions » englobe une série de pages où l’auteur dévoile ses angoisses, en tant qu’auteur, mais aussi en tant que vivant

« la vie sera
ou ne sera pas »

« je regrette
ce que je suis »

« Vous tous ! » et « Combat » expriment avec violence et force les désirs et regrets du « je » ; « je » a trouvé ici un nouveau refuge, un nouveau mode d’expression vers le monde, la vengeance, la haine, la Révolte.
Il ne s’agit pas d’une révolte devant un mécontentement, mais le souhait d’un profond changement, qui s’effectuera selon l’auteur, dans un bain de sang et de putréfaction.
Cependant, ce qui suivra le chaos pourra être autre chose qu’un

« monde qui bouge »

Dans le même chapitre, la tournure générale prend un autre ton, et l’on assiste à l’épuisement du « je » combatif et hargneux ; le combat reste vain, il a été écrit sans être vécu, puisque la chair n’est plus ;
C’est le deuil de la vie.

« la corde est solide
l’issue incertaine
le voyage est ailleurs
la vérité autre part
je t’avais promis un dernier baiser
le voici »


et

« à vous
qui dégoulinez de possibilités
je vous offre ma vie
du moins ce qu’il en reste
mais de grâce
ne jouez pas les bons samaritains
ne me la rendez pas
pour une fois
j’ai le choix »



« Gourmandise » est ici « terre des ténèbres », « je » n’espère rien ; il rêve tout juste le temps de pouvoir « sombrer », se « laisser glisser » …




Jugement :


« A l’enfant qu’un jour j’ai été » : sans le titre, on pourrait penser à la dernière lettre laissée à un proche, après le suicide du « je » ;
il s’ensuit de cette mort le souvenir d’une empreinte, alors que le tombeau est à jamais refermé,
L’enfance …



Le recueil de Romain Delmas n’est pas seulement une réflexion sur soi, le monde, la vie, la mort, l’enfance perdue, la non existence ; c’est un regard profond sur l’âme, dans toutes ses ondulations, ses travers, son non-espoir, sa justesse … une certaine vérité en quelques sortes, du moins le livre a-t-il le mérite de laisser le lecteur s’interroger à ce sujet.




La jeunesse de l’auteur (à peine un peu plus de 20 ans) interpelle par sa capacité spontanée à donner un fabuleux contraste entre insouciance supposée et dureté de la vie vécue, capacité à s’exclure de soi-même pour avoir une observation intime et réaliste, du monde dans lequel nous sommes « obligés » de vivre.
Un style bien à lui, qui ne trompe pas.




Ouvrage disponible aux éditions Poietes
ISBN : 2-919942-18-2
2006
Luxembourg





Critique de Corinne Cornec Orieska
Le 09 avril 2007 - tous droits réservés.

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Le rêve est une saison close ...



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