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 Louise à Liliput - Episode 2

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evelange
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MessageSujet: Louise à Liliput - Episode 2   Mer 16 Aoû - 1:30

Pourquoi certaines personnes se targuaient-elles d’avoir le systématisme d’une pendule ? Dans un langage fortement simplifié c’est à peu près la question que se posait Josie lorsque la sonnerie retentit à 19 heures et 30 minutes précisément. Pourquoi, pouourqwwwa, avait-elle promis à Fernand qu’elle lui présenterait une fille sympa ? Peut-être parce qu’il connaissait son petit secret ? Baste, laissons là ce chapitre. Toujours était-il que Josie depuis ce premier petit rendez-vous arrangé s’était vue obligée d’inviter régulièrement cette asperge rigide de Louise.
Louise était parfaitement proportionnée, ce qui ne la rendait pas spécialement désirable car elle ne débordait de nulle part, pas même de l’œsophage, en effet elle n’était jamais saoule. Elle ne se fâchait avec personne et semblait n’avoir d’opinion sur rien. Après des études parfaites, Louise avait trouvé un travail parfait alliant décontraction et responsabilité, temps libre et dynamisme. Seulement, tant de perfection ne semblait pas être faite pour trouver son double chez les hommes et c’est ainsi que derrière un sourire irréprochable se cachait chez Louise une profonde solitude, doublée d’un agaçant et incommensurable complexe de supériorité qui semblait dire à tout va : « je ne saurais trouver brodequin à mon pied ».

- V’là l’aut’ tarte ! émit une voix passablement avinée.

Décidément, Fernand ne savait pas se tenir. Josie fit entrer Louise puis retourna à la cuisine. L’obsession de Fernand à l’égard de l’asperge lui paraissait incompréhensible… Ah ! Tiens, justement, la voilà qui arrivait, rose d’émotion…

- Ce serait vraiment génial qu’on puisse faire des sorties les quatre ! s’exclama Josie avant que Louise ait pu ouvrir la bouche. En plus quand il parle de toi, il a des étoiles dans les yeux…
- Je crois qu’il ne me plaît pas trop, dit Louise.
- Non mais tu peux essayer au moins, c’est pas si…
Et bien ! Louise était tellement influençable qu’elle retournait déjà au salon. L’argumentation avec elle, c’était vraiment trop facile ! Josie haussa les épaules. Pauvre Louise, quel dommage de manquer à ce point de personnalité !
Lorsqu’elle entra au salon, Josie ne vit pas Jean, elle ne vit pas Fernand, elle ne vit pas Louise. Tout ce qu’elle vit c’est le plus incroyable, fabuleux, inimaginable bouquet de violettes.
- Quelle splendeur ! s’exclama Josie. En plus ce sont des violettes, on dirait une cascade de violettes. C’est ma fleur préférée. A peine ces derniers mots avaient-ils été proférés que Josie se mordit la lippe qu’elle avait d’ailleurs fort pendante. Elle se rendit immédiatement à la cuisine, troublée à l’extrême… et décida d’axer tous ses efforts de dissimulation en misant sur son point fort : l’imbécillité.
Louise était-elle au courant pour… Non ! Elle avait l’air radieuse, l’idiote, certainement persuadée de s’être attirée des faveurs florales anonymes. Mais la voici qui se radinait prise d’un doute étrange… Aussitôt, Josie, le regard placide, fit jouer sa force immense. Mais que faire pour détourner l’attention de Louise ? DRIIIIING !
Josie n’avait pas d’idée mais elle avait toujours eu de la chance et assez d’opportunisme pour la saisir.
- Va ouvrir Louise s’il te plaît !

* * *

Purée ! Ca c’est de la meuf ! se dit Mike. Mais bon, il était là pour le boulot, alors il remit les fleurs, le ticket et se demanda quel tocard pouvait bien offrir des violettes.

* * *

Jean ne soupirait pas, Jean respirait, Jean ne dégustait pas, Jean se nourrissait, Jean ne pensait pas, Jean vivait. C’était fou ce que cette Louise avec son petit corps chaud lui donnait envie d’exister ! Jean ravalait sempiternellement ses envies, innombrables, inévitables. Fougueux, sanguin, terrien, on le qualifiait ainsi. Lui-même n’aurait pu se nommer, il n’était qu’en sensation et là, tout de suite, il avait faim. Ah ! Ces bonnes femmes avec leurs fleurs, leurs fanfreluches ! Il eut un petit moment d’émotion en voyant Louise rosir de plaisir à la vue du bouquet, tiens il songerait à elle ce soir en entreprenant Josie ! Vite avant que cette vision ne s’estompe !
* * *

Pourquoi n’avait-il pas de femme ? Pouuurqqqwwwaaaaa ? Parce que l’état de déliquescence de cette forme de vie (pouvait-on l’appeler partie de l’humanité ?) était trop démesuré, trop évident, trop incontestable. D’ailleurs personne ne cherchait à contester ce que pensait Fernand, enfin personne de valeur, juste quelques hystériques, ou de pauvres hères émasculés. Heureusement, Fernand les évitait dorénavant avec soin, on est tellement mieux entre soi ! Que n’avait-il vécu au début du 20ème siècle ? Il aurait pris femme, fondé son foyer en bonne et due forme, aurait travaillé, aurait fait la guerre, tiens ! Il se sentait galvanisé à l’idée de la boue, du sang, des tranchées… Quelle belle époque ! Malheureusement il avait été réformé, mais il avait en lui l’amour des armes à défaut d’en avoir l’usage, et l’envie de vaincre à défaut de la volonté. Il s’enfonça un peu plus dans le canapé moelleux de ses hôtes et lâcha un rot sonore. La provocation est le conflit de notre temps, se dit-il en se félicitant de cet excellent aphorisme, qu’il venait d’inventer à l’instant. Il faudrait qu’il le note pour le mettre dans son roman en préparation : une fresque historique qui couvrait plus de 500 ans ! Il en avait quasiment le plan. Ah s’il en avait le temps, il en ferait des choses ! Pas comme ces sales parasites payés à rien foutre ! Il enrageait. Bon sang ! Si les hommes reprenaient un peu le contrôle, on n’en serait pas là !
Jean pénétra dans la pièce tenant par les épaules un énorme bouquet de Louise à la violette. Oh quelle charmante vision ! Et quel bon mot ! Très poétique… il s’en resservirait pour son recueil intitulé « Ode à l’autre ». il avait mis plusieurs mois à trouver le titre, c’était le plus difficile évidemment… Il écrirait les poèmes à son prochain congé.
Jean avait parlé ! Tiens pour une fois qu’il ne se faisait pas couper le sifflet par sa harpie… Celle-là c’était vraiment une vilaine, vilaine fille ! Bon, coquine aussi. Après tout c’est elle qui l’avait cherché. Peut-être qu’un jour il en parlerait à Jean, à son prochain congé probablement. Ah ! Pauvre Jean, père de trois moutards, et puis avec la démission des mères maintenant, mais que faire avec de telles femelles ? Fernand quant à lui aimait les filles (il ne prononçait jamais le mot « femme » à jamais proscrit de ses pensées, de son vocabulaire et bientôt, il l’espérait, de la surface de la Terre) présentant peu de courbes et surtout un ventre plat. Rien ne l’écoeurait davantage que ces bides débordant des pantalons taille basse : rien qu’à l’idée du pouvoir conféré par la procréation, Fernand avait des haut-le-cœur et rien ne lui semblait plus déplaisant que la vue d’une femme enceinte. D’ailleurs, Josie lors de ses trois grossesses était tout bonnement immonde. Vraiment pauvre Jean !
Fernand se mit à réfléchir aux quelques aventures sexuelles qui égrainaient sa vie de célibataire : il y avait eu cette misérable Adèle, ah ah ah ! Ce qu’il avait pu la faire souffrir mais souffrrriiiiiirrrrrr ohoh rien qu’en y repensant et en revoyant sa longue figure blanche aux yeux délavés, baignés de larmes… Non c’était trop drôle, vraiment. Ah petit paillasson ! Et puis Suzanne… Bah elle n’était pas resté longtemps celle-ci. Et Angélique, qui était partie un soir sans piper mots. C’était tout ? Ben oui c’était tout. Ah ! C’était pas mal à la trentaine passée, non ? Ben non, c’était minable. Argh ! Une douleur… Son ulcère peut-être. Enfin, enfin…Ces trois-là en tout cas l’avaient aimé, c’est bien ce qui compte, n’est-ce pas ? Aimé de leurs mains froides et inquiètes, aimé de leur regard implorant, aimé de leurs corps chétifs, aimé maladroitement, craintivement, timidement…
« C’est vrai, j’ai toujours aimé les filles timides ! laissa-t’il échapper à haute voix.. » Ah ! Il avait oublié Josie…

* * *


Rhôôoo la la ! Encore une de ces soirées où l’on boit pour tenter d’oublier l’ennui… Gustave se demandait devant le pas de la porte s’il n’allait pas faire demi-tour. Il n’avait rien contre Jean et Josie mais rien pour non plus… à vrai dire toutes ces mondanités, ces heures à rire fort, ces verres à moitié vides qui le faisaient rentrer à moitié plein, tout cela confirmait la sentence finale et la futilité de l’existence. Gustave vivait dans l’attente d’un attentat. Eternel castré d’une catastrophe, sa seule idylle être en deuil… de lui-même. « Tout est vain », se disait-il souvent justifiant ainsi sa propension à l’inaction qui tirait vers la paresse. Il sonna néanmoins car l’idée de se faire à manger l’épuisait totalement. Apparut alors devant lui une figure de bourgeoise empourprée, mais où avait-elle pu prendre un tel coup de soleil ? Ah, vraiment, il ne saisissait pas pourquoi les gens s’entêtaient à parcourir des kilomètres pour encourir un futur mélanome malin. Sans compter les attentats si nombreux en ce moment, d’ailleurs Gustave ne prenait plus l’avion depuis un bon bout de temps. La rougeaude ne bougeait toujours pas et ne disait rien, sûrement une déséquilibrée, c’est terrible tout de même toutes ces maladies mentales ! Et quand on pense au nombre de tumeurs du cerveau… Ah ! Il n’aurait pas dû écouter les histoires macabres de son ami neurochirurgien. Gustave sentait qu’une migraine affreuse allait le terrasser. Josie arriva alors et détourna quelques instants son attention :
- Fais la bise tout de même Gustave ! s’écria la pulpeuse mère de famille en lui claquant deux baisers sur les joues. Louise, voici Gustave, mon collègue, ajouta-t’elle en se tournant vers la rubiconde.
- Gus-tave, répéta bêtement Louise.
- Gus, G-U-S, Gus, tu peux m’appeler Gus, reprit le jeune homme en épelant bien son nom car il savait que l’écholalie était un symptôme prédominant des atteintes cérébrales.

* * *
Grimaces simiesques, rires de gibbon et autres mimiques dignes d’un bonobo : Louise singeait avec beaucoup de difficulté la belle indifférente. Malgré les deux verres de Chardonnay, elle ne parvenait pas à prendre un air détaché qui aurait pu attirer le beau Gustave. Mais ce dernier semblait complètement absorbé par ou plutôt dans les conversations mammaires de Josie. Louise était dé-pis-tée ! Ce n’était pourtant pas le moment de se faire platement oublier ! Aussitôt la jeune femme entama un mouvement de déhanché-dépaulé pour se rendre vers le couple illégitime. Mais lorsque la sonnerie retentit c’est encore elle qui se trouvait le plus près de la porte.
- Louise, s’il te plaît… ronronna Josie.

* * *
Ah ! ce misérable Gustave avait l’air tout simplement terrorisé ! Josie s’empara de ce pauvre hère et tâcha de se remonter le moral en l’enfonçant encore un peu plus. Et oui ! Josie faisait partie de ces personnnes qui se délectent du malheur des autres. Comme une odeur de merde couvre celle de la pourriture, le triste sort de Gustave semblait rendre la vie de Josie tout à fait supportable.
« Dis-donc tu as une petite mine.
- Ah oui, s’inquièta notre hypocondriaque.
- Mais oui !
Josie s’en tenait à ce point crucial de la conversation quand la sonnerie retentit. Elle ne pouvait pas lâcher sa proie maintenant… elle commençait à peine à s’amuser. Elle ronronna :
- Louise, s’il te plaît…

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