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 Tempête sous un crâne (Le Vent se lève, de Ken Loach)

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MessageSujet: Tempête sous un crâne (Le Vent se lève, de Ken Loach)   Mar 5 Sep - 13:34

Avant de le tuer, il semble qu'on lui ait coupé des doigts, puis un bras... On voulait le faire parler, lui faire avouer où étaient cachés certains documents compromettants. Oh, bien sûr, on pourra toujours objecter que Carlos Castano, disparu en 2004, n'était pas un enfant de choeur. Afin de contrer l'influence dans son pays de la guérilla d'extrême-gauche, les fameuses Forces armées révolutionnaires de Colombie (qui détiennent Ingrid Bétancourt en otage depuis 2002), l'homme n'avait-il pas fédéré les milices paramilitaires d'extrême-droite en un mouvement dénommé Autodéfenses armées de Colombie (AUC) ? Pourtant, c'est son courage qu'il a payé de sa vie et de ses souffrances : alors que le président Alvaro Uribe, tout juste réélu, engageait un processus de paix qui semble aujourd'hui aboutir, Carlos Castano avait en effet commis l'erreur de déclarer à ses hommes qu'il était prêt à se laisser extrader chez les "gringos" et serait ainsi à même de récuser les accusations de trafic de drogue qui pesaient sur lui. Dans son entourage, tout le monde n'avait sans doute pas les mains aussi blanches et c'est bel et bien son camp qui a commandité son exécution. Mieux encore, c'est le propre frère de la victime, Vicente Castano, qui a envoyé ses lieutenants perpétrer le crime. La violence est ainsi fait qu'elle s'auto-engendre. Et l'on, ne sait jamais jusqu'où ce terrible processus, une fois enclenché, peut aller. Parfois, il emmène un homme jusqu'au comble de l'absurde : tuer son allié, son ami, son f rère.

La morale de cette sordide histoire pourrait être reprise à son compte par Ken Loach, qui a remporté cette année la Palme d'or du 59ème festival de Cannes avec son dernier film, Le vent se lève. Il se déroule dans l'Irlande de 1920, lorsqu'une poignée de paysans, exaspérés par les violences des "Black and Tan", les troupes d'occupation envoyées par les britanniques pour tenir le pays sous le joug de l'Empire, décident de mettre leur énergie au service du combat pour la liberté. On connaît le goût du cinéaste pour les révoltés, de la belle nicaraguayenne sandiniste de Carla's Song, dont tombe amoureux un chauffeur de bus écossais magnifiquement interprété par Robert Carlysle, aux volontaires des Brigades internationales partant lutter contre le franquisme dans l'Espagne de 1936, qu'il mit en scène dans Land and Freedom.

Au début du film, le spectateur peut d'ailleurs nourrir quelques craintes qu'il ne se cantonne dans un certain manichéisme, qu'on a parfois reproché à Ken Loach. Les Anglais sont tous méchants et sanguinaires, alors que les Irlandais ne versent le sang qu'accompagné des larmes de la pitié et du dégoût. Toutefois, la narration se fait plus subtile au moment où les Britanniques, las de cette sanglante guerre, réussissent à imposer un traité de paix. En donnant une représentation politique au peuple irlandais, mais en l'assortissant d'une partition du pays et de son maintien sous la tutelle de la Couronne, ils parviennent à semer la discorde chez l'adversaire. Il ne s'agit plus alors de lutter contre un ennemi mais de choisir un avenir. Damien O' Donovan, qui a renoncé à sa carrière de médecin pour entre en lutte, ne peut supporter cet entre-deux, tandis que les ambitions politiques de son frère Teddy l'incitent au pragmatisme.

Comme à son habitude, Kean Loach mèle grande et petite histoire et, sur fond d'une lutte dont les échos sont parvenus jusqu'à nous, celle de l'IRA naissante, il dépeint avec justesse, presque à la manière d'un reporter, cet élan vers la liberté, cet amour fraternel qui tourne à la rivalité, cette victoire dont naît le drame. Un film de facture parfaitement classique... beau, tendre et cruel.

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