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 Je ne suis pas une midinette ! (2)

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kunndalini
Alter Atome
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Nombre de messages : 14
Age : 51
Localisation : paris
Date d'inscription : 05/09/2006

MessageSujet: Je ne suis pas une midinette ! (2)   Mer 6 Sep - 10:31

D’un bond elle rejoignit le salon, comme si elle venait d’avaler un rayon de soleil. Lui, perplexe et tourmenté, ne savait plus que penser. Donner du plaisir à une femme blessé et fragilisé, était-ce moral ? Comment devait-il s’y prendre pour ne pas la décevoir tout en lui offrant la preuve qu’elle restait un être humain, désirable et vivant ? Il pris un certain temps avant de la rejoindre dans le salon, lorsqu’il se décida enfin, elle ouvrit de grands yeux.

Il l’invita dans sa chambre et lui proposa un massage afin de lui offrir tout ce dont il était capable. Elle gloussa de satisfaction et s’étendit nue sur le ventre. Prenant alors un peu d’huile aromatisée à la fleur d’oranger, il commença un doux et long massage sur ce corps fragile comme du verre. Elle se laissa porter, réagissant aux senteurs enivrantes qui inondées la pièce. Arc-bouté sur ces hanches il commença à caresser de manière plus spécifiques certaines zones sensibles. Elle réagie doucement et commença progressivement à exprimer son contentement. En peu de temps elle retrouva son plaisir et vibra sous ses caresses appuyées. Il la contemplait presque heureuse, dansant comme ivre dans ce lit immense et vide. Le massage terminé, elle lui sourit timidement et commença un récit qui devait durer près de deux heures. Son histoire évoquée un choc initial, quinze ans plus tôt et sa rencontre avec un chanteur célèbre dans le Jura de son enfance. Depuis elle n’avait pas eu d’amour à partager avec un autre homme, celui-là était sa destinée, pensait-elle. Récit onirique et passionné, elle le suivait tant qu’elle le pouvait dans la plupart de ses déplacements, depuis près de quinze ans.

Un jour elle finit par trouver le bureau de son agent et se faisant passer pour une journaliste, réussie à rencontrer le frère du dit chanteur. Celui-ci l’écouta quelques minutes avant de convoquer la police qui raccompagna la jeune groupie.

« Je ne suis pas une midinette ! » Avait-elle protesté pour justifier son harcèlement.
« Mais pourquoi insister puisque ce chanteur est marié, a des enfants et qu’il refuse de te voir? »
« Parce que lui et moi c’est pour la vie, tu comprends, il le sait et il a peur !»

Ainsi pour compenser cette frustration elle lui écrivait des lettres tous les deux jours, mais sans réponses de sa part depuis près de trois ans elle avait décidé de tout plaquer. Elle déserta donc son travail de femme de ménage dans les hôtels du Jura pour monter à Paris, afin d’en avoir le cœur net. Il fallait qu’elle trace la route, qu’elle se donne une chance de recommencer sa vie avec ou sans lui.

Dans son discours cohérent en apparence, il percevait beaucoup de souffrance et de solitude. Elle avait trouvé dans son parcours une raison de vivre, un pilier auquel se raccrocher mais son histoire lui semblait sans issue. Il quitta donc la chambre songeur et perplexe, de son côté elle souhaita demeurer allongée pour se reposer de ses longues marches indigentes.

Arrivé dans la chambre où elle avait passé la nuit, il vit poser au sol tel un éventail la totalité du contenu de son sac. Il regarda machinalement les éléments épars qui monopolisaient un bon tiers de l’espace. Des billets de train allant de la Rochelle à Biarritz en passant par Paris, des tickets de métro, un paquet de gâteux au chocolat, des mouchoirs en papier, une bouteille de shampoing, une brosse à dents, des horaires de trains, un chéquier et quelques pages griffonnées.

Il découvrit enfin son prénom et son nom, ainsi que son ancienne adresse dans le Jura. Que devait-il faire, rechercher ses parents en appelant son agence bancaire, mais elle était majeure et libre de ses choix ? De quel droit pouvait t’il s’immiscer dans sa vie, lui autant du même coup sa seule liberté. Il resta finalement prisonnier de son dilemme. Acceptant de ne pas interférer davantage et de lui offrir, sans volonté propre, ce qu’elle était en mesure d’accepter.

De longues minutes passèrent, puis il s’assit silencieusement pour prendre le temps de lire ces pages solitaires. Tant de mots, pour quels secrets ?

Dans le silence de l’appartement il arracha bruillament à la gravité ces quelques pages abandonnées à leur triste sort. Sa première surprise vint de la qualité de la calligraphie, chaque mot était soigneusement écrit, presque posé avec délicatesse sur la feuille quadrillée. Il commença à lire et dans son fort intérieur il ressenti déjà la musicalité des phrases qui s’enlaçaient et formaient une ronde infinie. L’histoire évoquée la solitude et les tourments d’une jeune mère qui venant d’accoucher, devaient affronter des infirmières sourdent à ses suppliques. Elle voulait être avec son enfant, le sentir, le garder dans le creux de ses bras et le protéger de ces robots sans âmes. Elle était une MAMAN MALADE, d’un amour si vite arraché.

Ces deux pages de pures émotions, lui inspirèrent de l’admiration et un profond sentiment de gâchis. Comment un être si fragile en apparence pouvait-il créer avec autant de justesse un récit d’une telle lucidité ? Il ne le saurait sans doute jamais. Que pouvait-il savoir avec toutes ses certitudes et ses clichés qui lui pollués le cerveau. Il entendit un bruit au fond du couloir et sursauta, elle venait le rejoindre, dès lors il se perçut comme coupable d’avoir ouvert cette porte sans son consentement.

Légère, posée comme une feuille sur le seuil de la chambre, elle le regardait en souriant, la tête légèrement penchée. Il lui dit toute son admiration et son étonnement, elle sourit de nouveau, son visage s’empourpra, puis elle lui avoua sa passion, sa faiblesse. Elle avait besoin d’écrire, d’inventer des histoires, de fuir ce monde trop normé, avec ses règles nombreuses et parfois inhumaines. Elle vivait beaucoup dans ses rêves et parfois n’y tenant plus elle écrivait sans s’arrêter. Voulait-elle en faire son métier ? Peut-être plus tard, bien plus tard, elle avait encore faim de vie, d’aventures et d’horizons. Il prit alors un cahier de brouillon qui dormait depuis des lustres dans son bureau et lui offrit, comme on offre une offrande à un Dieu inconnu. Elle s’en saisit, ne remercia pas, elle ne savait plus, elle l’ouvrit et se mit à écrire aussitôt.

Allongée sur le canapé du salon, elle commença son dur labeur. L’après midi venait de naître et elle semblait vouloir profiter encore de ce temps de paix. Il lui apporta une salade qu’elle dévora aussitôt et une malheureuse poire qui passait par là, disparue rondement dans sa bouche insatiable. Dès qu’elle eu finit de recharger ses batteries elle se mit à écrire lui permettant dans l’intervalle de lire quelques paragraphes. Là encore, le même sentiment de perfection lui bondit au visage. Remarquant son émotion elle trembla légèrement puis se remit à l’ouvrage.

Il la laissa dans l’intimité de sa création et alla se poster dans son bureau près à intervenir à son appel. Une heure passa, sans qu’un son ne s’échappe du salon, il alla vérifier qu’elle était toujours là, en vie et heureuse. Il se déplaça alors sans faire de bruit et se postant discrètement à l’entrebâillement de la porte, il sentit ses yeux s’agrandir. Elle n’écrivait plus, assise, elle semblait bercer un enfant invisible, puis doucement sa bouche embrassa son bras droit remontant doucement vers son épaule. Recouvrant de doux baisers un être absent, elle rayonnait de plaisir. L’instant d’après, les mains légèrement surélevées, elle commençait un dialogue avec le néant, souriait encore et l’instant suivant ravalait avec force un sentiment de dégoût. Bercé par ces rêveries profondes elle ne fit pas attention lorsqu’il pénétra doucement dans la pièce habitée. Il se tu et lorsque qu’il rejoignit sa chambre elle acheva son récit.

Dans le milieu de l’après midi, elle remis les habits qu’il avait pris soin de laver et replaçant tous ses trésors dans son sac elle lui demanda si il voulait bien la raccompagner.

De nouveau en maraude dans les rues de la capitale elle lui indiqua un endroit où elle se sentait en sécurité pour poursuivre sur son chemin. Il la déposa alors et lui proposa un peu d’argent qu’elle cacha rapidement dans l’un de ces nombreux billets de train. Immobile elle gardait le silence, lui ne savait comment la retenir, la protéger d’elle-même. Elle savait tout cela, son choix était autre et elle attendait le baiser d’adieu. Le cœur lourd et inquiet il la serra une dernière fois dans ses bras, sans vraiment avoir la sensation de parvenir à étreindre ce corps si frêle et si libre. Elle s’envola ainsi le pas résolu, tenant sa vie dans ses mains avec sa passion pour seule étoile.

Il raconta son histoire, pour qu’elle continue à vivre quelque part, en espérant la retrouver le jour où devenu écrivain, elle referait surface en sa mémoire. F.I.N
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evelange
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Date d'inscription : 13/08/2006

MessageSujet: Re: Je ne suis pas une midinette ! (2)   Jeu 7 Sep - 23:04

Citation :
ce monde trop normé, avec ses règles nombreuses et parfois inhumaines
, comme l'orthographe par exemple !!! lol!

J'ai apprécié cette histoire réaliste dont émerge beaucoup de sensibilité.

Au plaisir de te lire.

eve

_________________
... au millisème près

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