AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Louise à Liliput - Episode 1

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
evelange
Admin
avatar

Nombre de messages : 202
Age : 43
Localisation : Nouvelle Calédonie
Date d'inscription : 13/08/2006

MessageSujet: Louise à Liliput - Episode 1   Mer 16 Aoû - 1:29

Pourquoi les géants au grand cœur ont-ils toujours besoin de se flanquer d’un petit être malfaisant ? C’est du moins la question que se posait Louise en se préparant pour la soirée. Elle était enchantée de revoir Josie, qui se faisait rare depuis sa multiparité, et son colosse de mari, Jean ; mais pourquoi, pourrrrrqwwwa ? Jean avait-il pour ami ce Fernand ? Et surtout pourquoi l’inviter sys-té-ma-ti-que-ment ? Comment Jean, si enjoué et équilibré, s’était-il entiché d’un bonhomme aussi malsain ?
Et c’est ainsi que Louise en était arrivée à sa première question. Elle avait élaboré plusieurs théories. La plus vraisemblable pouvait se résumer ainsi : Jean était dépourvu de toute méchanceté, Fernand était donc son côté obscur, un concentré de noirceur, aisément transportable étant donnée sa taille, toujours disponible puisqu’il ne recueillait que peu d’invitations et ne recevait jamais chez lui.
Fernand n’avait pas d’enfants, il ne cessait pourtant de ressasser ses théories sur l’éducation.
Fernand n’était pas une femme cependant il avait une idée très précise du mode de vie que la gente féminine devait adopter. Il vouait une haine aussi incompréhensible qu’inextinguible envers ses dames mais se pâmait devant la dernière nymphette à la mode. Son obsession était que « les femmes recherchent des queues ». C’est pourquoi, il fallait enfermer chez elles toutes ces salopes lubriques. Avec un peu plus d’imagination et un brin de talent, il aurait fait un excellent tueur en série.
Fernand n’était pas vieux mais il détestait les jeunes et les nombreux signes de « décadence de la civilisation française » : dans le désordre, les piercings, les tatouages, les jeans taille basse et le fait que les adolescents préfèrent rire entre eux que d’aider une mémé à porter son cabas. Curieusement, âgé d’à peine trente ans, Fernand avait déjà oublié sa propre période juvénile. Il souffrait d’une forme très rare d’Alzheimer : le vieux con précoce. Nostalgique d’un temps qu’il n’avait pas connu, prenant pour exemple des modèles de pays dans lesquels il n’avait jamais vécu, rentrant dans des colères épouvantables sur des futilités, cet individu avait tout du prototype, qui, fort heureusement n’avait jamais été suivi d’une production en série.
C’est ainsi en toute méconnaissance de cause qu’il abreuvait méthodiquement l’assemblée de ses discours stériles et haineux. La plupart des gens se taisaient par crainte de ses remarques cinglantes. En effet, doté d’une très faible défense, d’un fond fort mauvais, et d’une absolue incapacité à la moindre empathie, Fernand se montrait d’emblée extrêmement agressif. Comment aurait-il pu penser, centré ainsi sur lui-même, que certaines personnes ne voyaient pas les côtés négatifs, ne riaient pas aux défauts des autres, s’intéressaient pour échanger au lieu de vouloir imposer son point de vue. Persuadé, comme un enfant au faible niveau de conscience, de tenir le premier rôle de la vie, il ne supportait pas tout ce qui démontrait que les humains n’avaient pas été créés à son image et qu’ils différaient donc de lui.
Louise soupira en pensant que la soirée allait certainement être gâchée par Fernand.
Quand elle sonna à la porte, elle entendit aussitôt :

- V’là l’aut’ tarte ! émit une voix passablement avinée.

A priori, Fernand était arrivé ! Josie fit entrer Louise en formant son plus joli sourire qui ne cachait pas la confusion de l’hôtesse. Louise la rassura, elle ne le prenait pas personnellement puisqu’elle savait bien que Fernand détestait tout le monde (surtout lui-même sans doute). D’ailleurs, elle avait raison de ne pas s’inquiéter davantage puisque lorsqu’il la vit, Fernand éructa :
- Ah c’est toi ? J’ai cru que c’était Nathalie.
- Bonsoir Fernand, dit poliment Louise qui ne voulait pas ajouter à l’agressivité ambiante.
Pour une raison qui lui était inconnue Fernand lui vouait une certaine admiration, il essayait même se tenir à peu près convenablement en sa présence. Fernand ajouta alors :
- Je suis très heureux de te voir.
Il avait prononcé ses mots avec un tel air et un tel sourire qui le défiguraient littéralement que Louise s’en trouva totalement interdite. Un frisson interminable parcourut son dos.
- Bien ! Nous attendons encore du monde j’imagine ?
- Ben, tu sais comme d’habitude, la belle brochette d’intellos de gauche qui n’ont rien à dire, juste à déblatérer, expliqua-t-il avec un regard de connivence.
Louise s’excusa, c’en était plus qu’elle ne pouvait supporter et il se pouvait bien qu’elle ait deux mots à dire à Josie.
Arrivée dans la cuisine, Louise n’eut même pas le temps de parler car son amie commença immédiatement d’une voix geignarde :
- Comprends-moi ! si au moins il avait une copine, quelqu’un, peut-être serait-il moins amer et désagréable. Et puis moi, je l’ai tout le temps à la maison, je me sens de plus en plus seule car il ne cesse d’emmener Jean à droite à gauche… Alors quand il a commencé à parler de toi des étoiles dans les yeux…
- Tu te fous de moi là ? fulmina Louise.
- Non mais tu peux essayer au moins, c’est pas si…
Inutile d’en rajouter, Josie ! Louise avait déjà pris sa veste et se dirigeait d’un pas décidé vers la porte. Celle-ci s’ouvrit comme par magie et apparut alors le plus merveilleux, le plus désirable, le plus séduisant bouquet de fleurs que Louise ait jamais vu.
- Je vous le donne ? marmonna le livreur, qui se situait à l’exact opposé du bouquet de fleurs sur l’échelle de la grâce.
Elle signa, encombrée par cet étonnant présent, le jeune homme ne prit pas la peine de dire au revoir et claqua la porte. Louise prit machinalement la carte : « Josie tu es trop hot ! Pour toujours. G. »
- C’est pour qui ces fleurs ? s’égosilla Jean en se dirigeant droit vers elle. Juste le temps de faire disparaître la carte, et d’émettre un gargouillis gêné qui disait à peu près :
- C’est… pourmoijecrois…
Le géant la regarda d’un air stupéfait, voire soupçonneux qui la fit rougir de quelques tons supplémentaires. Il la prit alors par les épaules et l’emmena jusqu’au salon, elle avança avec l’assurance d’un enfant de chœur à son premier service, dans le silence et en tenant précautionneusement le bouquet.
- Regardez un peu ce que la demoiselle a reçu de son admirateur secret, déclara Jean en appuyant ses mots d’un gros clin d’œil à François.
- Quelle splendeur ! s’exclama Josie. En plus ce sont des violettes, on dirait une cascade de violettes. C’est ma fleur préférée, crut-elle bon d’ajouter. Etait-elle encore plus gourde que ne l’avait toujours suspecté Louise ?
- Oui, c’est très beau en effet, je me demande bien qui a pu me l’envoyer.
- Voyons, c’est forcément quelqu’un qui est ici ce soir, renchérit Jean. Oh oh ! Mais regardez, elle est toute rouge ! Elle est gênée… c’est mignon, hein Fernand ?
- C’est vrai, j’ai toujours aimé les filles timides.
Ainsi donc, c’était pour cela ! Il attribuait à de la réserve, ce qui n’était qu’un profond mépris et la certitude de perdre son temps en parlant avec ce genre d’individu. Nombre de fois, elle avait rougi en présence de Fernand : de colère. Mais, d’un naturel peu apte et peu enclin à la joute verbale, Louise s’était toujours contenté de se taire, au risque, et elle le comprenait à présent, de passer pour l’ignoble complice du gnome maléfique.
- Je ne suis pas spécialement timide, balbutia la jeune femme, en posant d’un air gauche l’extatique bouquet. Simplement, je, je… Enfin, bon, ce n’est pas le moment de l’apéro, des fois, il fait chaud Josie, non ?
- Je vais préparer les verres à la cuisine.
- Je viens avec toi, s’exclama Louise en lui emboîtant le pas.
Elle se retourna un instant, juste assez pour voir Fernand lui lancer un sourire triomphant en murmurant :
- Je suis heureux que les fleurs te plaisent…

Pauvre nul, pensa Louise. S’approprier ce bouquet ! Quelle honte ! Elle se rendit dans la cuisine pour rejoindre Josie.
- Je trouve cela tellement romantique. Tu te rends compte aller jusqu’à te faire livrer ce bouquet chez moi ce soir ! Tu vois finalement il n’est pas si mauvais que cela…
- Mais, enfin Josie ! Ces fleurs ne sont pas de lui, voyons !
- Ah bon ? mais elles sont de qui ? demanda Josie d’un ton hébété.
- C’est plutôt à toi de me le dire, tu ne crois pas, répliqua Louise excédée.
- Comment ça ?
- Tout de même, tu sais bien ! Ce bouquet ne m’était pas destiné !
Josie prit un air obstiné et tout en coupant les citrons, elle ajouta d’une voix stupide :
- Ben c’est pour qui alors ?
A ce moment précis, la sonnerie retentit. DRING !
- Tu peux aller ouvrir Louise s’il te plaît ?
- Pour recevoir un autre bouquet, non merci, grinça Louise.
- Aïe, je me suis fait mal aux yeux ! s’écria Josie qui venait de s’asperger le visage en coupant le citron. Allez, va ouvrir !
DRIIIIIING !
Louise, exaspérée, se rendit jusqu’à la porte d’entrée. Elle avait encore sa face indignée lorsqu’elle vit apparaître un rayonnement insupportable, elle pouvait à peine ouvrir les yeux car devant elle se tenait un improbable garçon.
Une allure à faire péter toutes les mines du Vietnam, une classe à faire péter Nadine de Rothschild… bref du grand style. Lui, lui… Malheur à ceux qui posent les yeux sur un astre ! Louise eut la rétine instantanément collée à la cornée, la gorge sèche, les mains moites, l’envie de s’évanouir, la peau rouge et chaude : pas de doute, il s’agissait bien d’un coup de soleil !
La beauté de l’énergumène entrait exactement en résonance avec la jeune femme. Il représentait la quintessence virile. Elle ne pouvait détacher les yeux de la vision et tout cela aurait pu devenir fort gênant si Josie n’était pas intervenue pour souhaiter la bienvenue et présenter tout ce beau monde.
- Louise, voici Gustave, mon collègue.
- Gus-tave, répéta bêtement Louise, abasourdie
- Gus, G-U-S, Gus, tu peux m’appeler Gus, reprit l’individu qui en épelant son nom avait réduit les espoirs de Louise à néant. Elle mitrailla du regard la pulpeuse Josie qui, lui sembla-t-il, minaudait plus que jamais.

* * *

_________________
... au millisème près

http://ultraviolette.over-blog.com/

http://alter.texto.free.fr/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://alter.texto.free.fr/
Le Claude
Alter Ego
Alter Ego
avatar

Nombre de messages : 110
Localisation : Nîmes
Date d'inscription : 14/08/2006

MessageSujet: Re: Louise à Liliput - Episode 1   Mar 5 Sep - 10:53

Eve, bonjour!

Je reviendrais re/lire tes (longs) textes.

Amitiés.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://claude-guibbert.chez-alice.fr
 
Louise à Liliput - Episode 1
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Episode 129 : Fairy Tail
» [Erdrich, Louise] La malédiction des colombes
» Napoléon & Marie-Louise à Compiègne 1810-2010
» Episode 1 - Disparition sur le campus
» Louise (Gérard Berliner)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Ecriture :: Prose, nouvelles, romans, essais-
Sauter vers: